Le doctorant 2.0. L’infusoir et Enklask à Paris 13

Dans le cadre du séminaire doctoral de l’EA Cenel de Paris 13-Nord que nous animons cette année, Vincent Ferré et moi-même avons invité Mélodie Faury (L’infusoir) et Benoît Kermoal (Enklask) pour parler de leur carnet de recherche, du rapport de ce carnet avec leur travail de thèse et des outils digitaux qu’ils utilisent pour leur travaux. Le Cenel est un centre de recherche en Lettres (littérature et langue française), Mélodie Faury est doctorante en STS (Science and Technology Studies) et Benoît Kermoal en histoire. Je résume ici quelques points intéressants qui sont ressortis de leurs présentations et des discussions avec les participants doctorants. Chacun peut commenter, ajouter ou rectifier à sa guise en commentaire.

– le statut scriptural du carnet : pour BK, dont les billets concernent directement la thèse, le billet est à mi-chemin entre le brouillon et le texte rédigé. C’est une idée qui m’a bien plu car je suis en désaccord avec certaines conceptions du carnet de recherche qui rejettent les textes qui y sont écrits hors du champ académique et je vois plutôt la production du carnet comme un texte « in progress« , qui est une version à statut scientifique, mais qui n’en pas le simple brouillon. MF a une conception un peu différente : elle explique qu’elle n’écrit pas (sur) sa thèse sur son carnet, mais « autour » de la thèse, sur des sujets qui la questionnent. D’ailleurs elle invite d’autres scripteurs sur son carnet et il est vrai que cette pratique constitue une des spécificités de L’infusoir sur la plateforme Hypothèses. Mais elle précise que ces questionnements et discussions ont un effet direct sur sa recherche doctorale, et nourrissent, in fine, l’écriture de sa thèse, et même, explique-t-elle, en constituent des facilitateurs : écrire sur son carnet lui a permis de s’autoriser à écrire (elle raconte que, biologiste à l’origine, l’appropriation de l’écriture en sciences humaines et sociales a été loin d’être évidente pour elle au début de sa « reconversion ») et ses billets sont souvent des déclencheurs directs de l’écriture de la thèse.

– les échanges interdisciplinaires : MF comme BK soulignent combien leur carnet leur a ouvert des contacts avec des chercheurs d’autres disciplines, et à quel point leur travail disciplinaire en a été enrichi. Effectivement, la recherche en ligne permet cette inter- ou trans-disciplinarité bien comprise qui n’est trop souvent qu’un slogan : les autres disciplines sont contributives de la nôtre, qui conserve son identité scientifique, mais qui est « augmentée », au sens posthumaniste du terme, par les autres. Une thèse ouverte donc, plutôt qu’une thèse fermée sur son objet stricto sensu. Leur présence à Paris 13, dans une équipe de recherche en Lettres, est également une manifestation de cette interdisciplinarité 2.0.

– le regard du directeur de thèse : sur ce point nos deux invités ont des expériences différentes. BK a explicitement présenté son carnet à son directeur pour lui montrer l’état de son travail. Après un moment de réserve, le directeur a accepté cette nouvelle réalité du travail doctoral en ligne, tout en pressant son doctorat de « rédiger » sa thèse : l’objet institutionnel « papier » reste une priorité. MF ne sait pas vraiment si sa directrice a regardé son carnet, ni ce qu’elle en pense. Elle ne le lui a pas explicitement signalé, mais seulement mentionné à propos d’un autre sujet que sa thèse.

– le devenir du carnet après la thèse : sur ce point également nos deux invités diffèrent. BK compte arrêter son carnet une fois sa thèse soutenue. C’est donc bien un « carnet de thèse », qui se finit avec la thèse. Il envisage peut-être d’ouvrir un autre carnet pour ses recherches futures. MF compte garder le sien, le « relooker », en refaire la « décoration intérieure » (nous avons souvent pendant cette séance souligné que nos carnets constituaient en quelque sorte des « maisons », dans lesquels nous nous sentions « chez nous »). Interrogé sur son intention, qui étonne un peu certains d’entre nous, Benoît Kermoal explique qu’il est peut-être influencé par sa pratique d’enseignant : les blogs qu’il ouvre pour ses élèves de lycée sur le site de l’académie de Versailles sont fermés à la fin de l’année, et il en ouvre de nouveaux à la rentrée.

Une séance bien dynamique, très vivante, qui a permis de riches échanges et, nous l’espérons tous, des vocations numériques ! Une belle rencontre également, permise par la synergie technorelationnelle entre la plateforme Hypothèses et le réseau Twitter, qui n’aurait cependant pas produit ce moment créatif sans l’enthousiasme, la générosité, la clarté pédagogique et l’esprit de partage de Mélodie Faury et Benoît Kermoal.

Carnets et sites des participants au séminaire

Comptes Twitter des participants (sauf pseudos non révélés…)

Les carnets de thèse sur Hypothèses : 26 carnets au 20.01.2012 (formations gratuites assurées par l’équipe du Cléo : Programme et calendrier)

Les langues des carnets d’Hypothèses : 11 langues au 20.01.2012 (pour les doctorants en situation de bi- ou plurilinguisme : les carnets peuvent être ouverts dans la langue de votre choix, et peuvent être bi- ou plurilingues. Le roumain, le hongrois, le polonais, l’arabe, le brésilien et le wolof, représentés chez les participants du séminaire, ont leur place sur Hypothèses).

Crédits : bandeaux des carnets L’infusoir et Enklask, plateforme Hypothèses

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8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. KRESPINE dit :

    Merci pour ce carnet; j’ai commencé un carnet sur Hypothèses, mais je suis un peu en panne ; votre position est plus simple dans un sens puisque votre projet alimente et relance sans arrêt vos questions; je réponds à des questions ponctuelles d’usagers de la BnF et c’est la principale alimentation de mon moteur; il n’est pas question bien sûr d’en faire état. Je suis les billets d’enklask depuis un moment et son travail sur les bibliothèques en ligne est ce qui m’y intéresse le plus. Peut être devrais je me trouver un sujet de travail universitaire pour alimenter mon moteur. en tous cas je suis l’infusoire assidument.

  2. Mélodie Faury dit :

    Merci beaucoup Marie-Anne pour ce retour sur cette rencontre riche et stimulante !
    Je trouve toujours intéressant de découvrir les appropriations très différentes que font les carnetiers de l’espace du carnet de recherche, où les formes d’écriture restent encore largement à inventer.
    Ces carnets nous invitent à prendre du recul vis-à-vis de nos pratiques de recherche et, pourquoi pas, à les réinventer 🙂 !
    Je vous remercie de nouveau Vincent Ferré et toi, ainsi que les doctorants et masterants présents, pour l’invitation et le chaleureux accueil.
    Au plaisir de découvrir de nouveaux univers de recherche sur les carnets qui, peut-être, écloront suite à ce séminaire, permettant ainsi de nouvelles rencontres entre chercheurs.

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