« Féministes-salopes : le corps comme argument de résistance », conférence de Stéphanie Pahud, 16.04.2015, U. Paris 13

Université Paris 13 SPC, 2014-2015, Campus Villetaneuse

UFR LSH, le jeudi de 15h00 à 17h00 (salle C 204)

Semestre 2 du 22 janvier 2015 au 16 avril 2015

Théories du texte et du discours 2

Nouveaux discours militants. Féminismes contemporains

 ***

Conférence de Stéphanie Pahud, Université de Lausanne, 16.04.2015, 15h-17h00

« Féministes-salopes : le corps comme argument de résistance »

Pour venir à Paris 13 : gare du nord départ banlieue en surface, arrêt gare d’Epinay-Villetaneuse puis bus 156, 354 ou 356, arrêt Université

Synthèse

Entre autres nouvelles élaborations argumentatives, le féminisme quatrième génération accueille un activisme non pas des mots mais des corps : comme le relève Fraisse, si « le corps est évidemment partie prenante du fantasme et de l’image, au cœur des débats sur sexe et genre », il est aussi « une matière qui parle », « un langage de l’émancipation » (2014). Certains corps féministes sont ainsi exhibés, instrumentalisés comme textes de résistance, et à tel point hypervisibilisés par les médias qu’est désormais inscrite au nombre des réflexions doxiques sur les rapports de sexe cette question explicitée par le Nouvel Observateur en 2011 [1] : aujourd’hui, faut-il être « une salope » pour être féministe ?

Cet activisme des corps compte au nombre de ses stratégies communicationnelles le retournement de stigmate et la resignification : après avoir inversé la connotation de signes – mots ou vêtements –, initialement insultants ou « déclassants », comme le terme salope ou le port de tenues étiquetées « vulgaires», des féministes se les (ré)approprient à des fins militantes. Ma présentation proposera une réflexion sur ces modes d’intervention féministe.

Après avoir succintement situé dans l’histoire de la pensée féministe le féminisme quatrième génération, je discuterai les différentes acceptions socio-politiques du terme salope ainsi que sa récupération militante.

Je développerai dans un deuxième temps l’analogie corps/langue, tous les deux pouvant être conçus comme des « institutions politiques », et j’esquisserai une analyse textuelle de quelques stratégies communicationnelles de mouvements féministes représentatifs d’un activisme des corps, comme La marche des salopes, les Femen, ou encore Les Tumultueuses. Je questionnerai le type de matérialité discursive, la portée argumentative, ainsi que la réception des « attaques à corps (plus ou mois) dénudé » de ces mouvements, qui, de par l’exploitation de signes ambigus – du moins pour certains auditoires –, prennent le risque de se construire un ethos défavorable et, par là, de renforcer un imaginaire sexiste en concentrant l’attention sur les stéréotypes de genre au détriment du geste politique.

Références bibliographiques

a) Essais / Ouvrages littéraires

  • Arcan Nelly (2001) : Putain, Paris, Seuil.
  • Arcan Nelly (2011) : Burqa de chair, Paris, Seuil.
  • Bouton Eloïse (2015) : Confession d’une ex-Femen, Editions du Moment.
  • De la Bigne Yolaine (2012) : Sois belle et bats-toi !, Paris, Editions de la Martinière.
  • Delorme Wendy (2009) : Insurrections ! en territoire sexuel, Vauvert, Editions au diable vauvert.
  • De Senarclens Coline (2014) : Salope !, Lausanne, Hélice Hélas Editeur.
  • Despentes Virginie (2006) : King Kong Théorie, Paris, Grasset.
  • Després Sacha (2015) : La petite galère, Lausanne, L’Âge d’Homme.
  • Guillon Claude (2008) : Je chante le corps critique. Les usages politiques du corps, Béziers, H&O.
  • Femen (2013) : Femen, Paris, Calmann-Lévy.

b) Références théoriques

Féminisme /Corps

  • Alessandrin Arnaud et Brigitte Esteve-Bellebeau (dirs) (2014) : Genre ! L’essentiel pour comprendre, Paris, Des ailes sur un tracteur.
  • Bard Christine (2014) : « Mon corps est une arme, des suffragettes aux Femen », Les Temps Modernes, 678, pp. 213-240.
  • Behbahani Soraya (dir.) (2009) : Ce genre qui dérange. Gender that matters, Paris, Téraèdre.
  • Braeckman Colette (1977) : « Sortir le soir », Les Cahiers du GRIF, 19, 1977, « Hors de chez nous femmes et ville », pp. 63-64, URL (consulté le 5 avril 2015) : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/grif_0770-6081_1977_num_19_1_1268
  • Butler Judith (2004) : Le pouvoir des mots. Politique du performatif, Paris, Editions Amsterdam.
  • Butler Judith (2009) : Ces corps qui comptent. De la matérialité et des limites discursives du « sexe », Paris, Amsterdam.
  • Dalibert Marion (2014) : « Le marquage socio-discursif de la race par le genre Les « roms », les Tunisiens, les Ukrainiens et les habitants des banlieues françaises dans les médias », Revue française des sciences de l’information et de la communication, 4, en ligne, URL  (consulté le 5 avril 2015) : http://rfsic.revues.org/743
  • Debenest Pauline, Gay Vincent et Gabriel Girard (coord.) (2010) : Féminisme au pluriel, Paris, Syllepse.
  • Fournier Martine (dir.) (2014) : Masculin-féminin pluriel, Auxerre, Editions Sciences Humaines.
  • Gazette des femmes (2005) : « Hypersexualisation des filles. Échec du féminisme ?, 27(2), Québec : Conseil du statut de la femme, URL (consulté le 4 avril 2015) : http://www.gazettedesfemmes.ca/2816/hypersexualisation-des-filles-echec-du-feminisme/
  • Fraisse Geneviève (2014) : Les excès du genre, Paris, Lignes.
  • Julien Mariette (2010) : La mode hypersexualisée, Montréal, Sisyphe.
  • Julien Marie-Pierre et al. (2006) : « Le corps : matière à décrire », Corps, 2006/1 n° 1, p. 45-52, URL (consulté le 4 avril 2015) : http://www.cairn.info/revue-corps-dilecta-2006-1-page-45.htm
  • Kennedy Duncan (2008) : Sexy dressing. Violences sexuelles et érotisation de la domination, Paris, Flammarion.
  • Mercier Elisabeth (2013) : Ni hypersexualisées ni voilées ! Tensions et enjeux croisés dans les discours sur l’hypersexualisation et le port du voile « islamique » au Québec, Thèse présentée à la Faculté des études supérieures en vue de l’obtention du grade de Philosophiæ Doctor (Ph. D.), Université de Montréal, URL (consulté le 4 avril 2015) : https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/9859/Mercier_Elisabeth_2013_these.pdf;jsessionid=8D420955C6007E9DF2DF1B8739E5F490?sequence=2
  • Paveau Marie-Anne (2014) : Le discours pornographique, Paris, La Musardine.
  • Paveau Marie-Anne (2013) : « Pauvres salauds, putes libres », Blog La pensée du discours, URL (consulté le 5 avril 2015) : http://penseedudiscours.hypotheses.org/490
  • Paveau Marie-Anne (2013) : « Ces corps qui parlent 1. Resignifier la parole violeuse », Blog La pensée du discours, URL (consulté le 5 avril 2015) : http://penseedudiscours.hypotheses.org/11642
  • Paveau Marie-Anne (2013) : « Ces corps qui parlent 2. La petite vertu discursive des Femen », Blog La pensée du discours, URL (consulté le 5 avril 2015) : http://penseedudiscours.hypotheses.org/11603
  • Paveau Marie-Anne (2013) : « Ces corps qui parlent 3. Slutwalks. Salopes et fières de le dire », Blog La pensée du discours, URL (consulté le 5 avril 2015) : http://penseedudiscours.hypotheses.org/11883
  • Paveau Marie-Anne et Pierre Zoberman (2008) (dirs) : “Corpographèses ou comment on/s’écrit le corps”, in Itinéraires ltcCorpographèses. Corps écrits, corps inscrits, Paris, L’Harmattan, pp. 7-19.
  • Pheterson Gail (2001) : Le prisme de la prostitution, Paris, L’Harmattan.
  • Picq Françoise (2012) : Féministe, encore et toujours, Barcelone, Indigène éditions.
  • Riot-Sarcey Michèle (2008) : Histoire du féminisme, Paris, La Découverte / Repères.
  • Skeggs Beverly (2015) [1997] : Des femmes respectables. Classe et genre en  milieu populaire, Marseille, Agone.
  • Timmerman Gaëlle (2013) : « Femen : une nouvelle forme de militantisme ? A quel prix et avec quelle efficacité ? », Analyses & Etudes, Bruxelles, Siréas, en ligne, URL : http://www.sireas.be/publications/analyse2013/2013-07int.pdf.
  • Van Enis Nicole (2012) : Féminismes pluriels, Bruxelles, Editions Aden.

Linguistique / Analyse des discours

  • Amossy Ruth (2000) : L’argumentation dans le discours. Discours politique, littérature d’idées, fiction, Paris, Nathan.
  • Auroux Sylvain, Deschamps Jacques et Djamel Kouloughli (2004) : La philosophie du langage, Paris, PUF.
  • Berthoud Anne-Claude et Marcel Burger (dir.) (2014) : Repenser le rôle des pratiques langagières dans la constitution des espaces sociaux contemporains, Bruxelles, De Boeck.
  • Boutet Josiane (1997) : Langage et société, Paris, Seuil.
  • Breton Philippe (2003) : L’argumentation dans la communication, Paris, La Découverte.
  • Ernotte P. et Rosier L. (2000) : Le lexique clandestin, Louvain-la-Neuve, De Boeck.
  • Ernotte Philippe et Laurence Rosier (2004) : « L’ontotype : une sous-catégorie pertinente pour classer les insultes ? », Langue française, 144, pp. 35-48.
  • Gadet Françoise (2007) : La variation sociale en français, Paris, Ophrys.
  • Hall Stuart (1997) : Representations and Signifying Practices, Londres, The Open University et Sage
  • Koren Roselyne (2013) : « Ni normatif ni militant : le cas de l’engagement éthique du chercheur », Argumentation et Analyse du Discours, 11, en ligne, URL : http://aad.revues.org/1572.
  • Porcher Louis (2013) : Sur le bout de la langue. La didactique en blog, Paris, CLE International.
  • Siouffi G. et D. Van Raemdonck (2012) : 100 fiches pour comprendre la linguistique, Paris, Bréal.

c) Articles de presse

 d) Sites activistes

[1] (« Les féministes, toutes des salopes ? », 3 octobre 2011, http://leplus.nouvelobs.com/contribution/199239-faut-il-etre-une-salope-pour-etre-feministe.html)

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3 réflexions au sujet de « « Féministes-salopes : le corps comme argument de résistance », conférence de Stéphanie Pahud, 16.04.2015, U. Paris 13 »

  1. Aborderez-vous l’activisme transiniste et transgenriste de femmes qui hachent menu leur corps jusqu’à leur sexe renié, et exister sous les apparences d’un homme (trans FtoM)- Celles-ci de même se disent féministes mais de quel féminisme parlent-elles puisque les mots sont capitaux ? Quelle lourde responsabilité sociale portée d’engager des petites filles et des adolescentes à croire qu’il est possible de changer de sexe !

  2. Non, je n’aborderai pas ces questions dans ma présentation, qui sera consacrée aux féministes-« salopes », des activistes se réappropriant les représentations attachées à cette étiquette.

  3. De réappropriations systématiques, les changements se mesurent relativement ? « Féministes-salopes » , le titre est bien « catchy » – comme vous le signifiez le  » risque de se construire un ethos défavorable et, par là, de renforcer un imaginaire sexiste en concentrant l’attention sur les stéréotypes de genre au détriment du geste politique. » est tangible. Ainsi, j’espère que dans l’étude argumentative, sera substantiellement analysé les distances discursives séparant un groupe (abolitionniste) comme les Femen des Tumultueuses, en l’occurrence –

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